Le travail de peinture de PM se développe sous la forme de série.
S’attarder sur le titre qu’il a donné à celle-ci nous donne un indice sur la façon dont il envisage la pratique de la peinture.
Le terme marginalia *1 est donc un renvoi à la question des marges, à la pratique de certains lecteurs, voire de copistes sur les incunables, qui s’autorisent des « libertés », des notations périphériques, qui considèrent le livre comme un support et un outil. Les différents tableaux de cette série évoqueraient donc ces espaces ou cette pratique. Il ne faut voir dans cette approche aucune ironie mais plutôt une volonté d’interroger le champ de la peinture, une recherche d’une fonction possible de l’activité de peintre.
Pour PM la peinture ne peut se penser en dehors du rapport à son histoire et ses différents usages ou applications. Il y a certes une possible filiation quant aux artistes du XXème du siècle qui ont fait le choix de l’usage de la géométrie dans le champ de l’art abstrait, son travail a d’ailleurs été présenté en lien avec des artistes issus de ces courants, mais son intérêt ne se limite pas à ce seul champ. En effet quand on le questionne sur l’origine de ce titre, il évoque son intérêt pour l’histoire et l’objet livre, de ses différents usages, la composition des pages et l’omniprésence de tout temps de la grille comme gestion de l’espace. Un autre point également important à ses yeux, est l’activité créatrice que représente l’acte de lecture. Il parle d’ailleurs souvent à propos de son travail, de relectures de ses propres formes puisqu’aucune des séries qu’il conçoit n’est définitivement close.
Quant à l’association dans le titre avec la ville de Naples, celle-ci est orientée par le choix restreint de couleurs qui s’avère à ses yeux, comme une remémoration, un écho à la peinture antique aussi de bien de fresques décoratives, « les grotesques », que celle des peintures qui ornent les vases grecques à fond blanc, pratiques picturales toutes deux observées lors de visites de sites archéologiques ainsi que de musées. Il évoque souvent, que lorsqu’il peint en se soumettant à ses propres règles, l’esprit libre, puisqu’entièrement concentré sur l’acte processuel de peindre, il ne peut s’empêcher que des œuvres alors lui reviennent en mémoire et l’aide à penser sa peinture.
Concrètement si l’on s’attarde sur la forme du dispositif pictural mis en place à la surface des tableaux de cette série, il est facile de repérer qu’un système de règles est mis en jeu. En effet la grille de composition est perceptible, une certaine symétrie apparait, qui finalement se trouve quelque peu brouillée, non pas par caprice, mais par les règles elles-mêmes suivies rigoureusement. En dehors d’erreurs possibles, il n’y a pas généralement pas de repentir, le système génère ses propres « surprises » ce qui peut laisser penser à une improvisation voire des variations de tableau en tableau.
Ors nous savons, si l’on se réfère à la pratique musicale de l’improvisation, elle ne peut s’appuyer que sur une solide maitrise de la structure et de la technique de la composition. Ce choix d’un rapport à la musique est volontaire car PM manifeste un intérêt tout particulier pour la musique Baroque et la forme du quatuor. Baroque essentiellement dans sa version historiquement informée, pour son souci de la sonorité originale, des ornements et appogiatures *3, mais également pour les formes de la variation et de la polyphonie comme modes de composition.
Autre point important à ses yeux, il pense aujourd’hui que l’art se trouve dans une prolongation maniériste des différentes avant-gardes du XXème siècle. Ce qu’il considère comme le gage d’une plus grande liberté d’interroger et de penser une pratique picturale où l’attention à la forme est cruciale.
Il est également attentif au fait que les tableaux s’inscrivent dans l’espace, que les formats qu’il utilise posent un rapport de proximité au corps du regardeur. Il tente ainsi d’inviter à un regard attentif, au plus près de la matière, permettant ainsi de découvrir la facture du geste, de convoquer sa mémoire. Une fois le regard détourné le tableau alors reprend sa place d’arrière-plan, d’un objet à la marge, qui n’attend qu’à nouveau d’être l’objet de l’attention, tout comme les marginalias qui, livre fermé, attendent un nouveau lecteur.
*1 Marginalia
(Annotation ou symbole ajouté en marge d’un texte par un lecteur ou copiste pour fournir des informations supplémentaires.) é
*2 Naples
tire son nom du grec Neapolis, qui signifie « ville nouvelle » ou « cité nouvelle ». Ce nom lui fut donné par ses premiers habitants grecs au VIIIe siècle avant J.-C.trangè
l*3 Appogiature
Petite note d’agrément hors mesure, étrangère à l’accord avec lequel elle est entendue et sur laquelle prend appui la note principale qu’elle met en valeur.